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 EXPIATION (Artiom)

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Hiboux : 587 Avatar : Alicia Vikander Double Compte : Félix le plus beau (Avatar), Tumblr (gifs) Crédits : © WENDERSIENNE

Âge : 32 ANS ⌁ L'âge de raison a sonné.
Nature du sang : PURE ⌁ Les Lantsov sont enracinés dans ces terres battues par les vents.
Statut civil : CÉLIBATAIRE ⌁ Elle s'est laissée deux ans durant lesquelles, elle cesserait de refuser les demandes. Si cela ne fonctionne pas, cas désespérée qu'elle est, elle s'est promise de se lier par le serment de tyr.
Patronus : Porte-musc de Sibérie.
Amortentia : Sapin, Huile de Lin et Cannelle.

MessageSujet: EXPIATION (Artiom)   Mar 23 Fév - 22:54

EXPIATION IS THE HIGHWAY TO FORGIVENESS
A woman knows very well that, though a wit sends her his poems, praises her judgment, solicits her criticism, and drinks her tea, this by no means signifies that he respects her opinions, admires her understanding, or will refuse, though the rapier is denied him, to run through the body with his pen.


Le bruit clinquant, carillonnant de ses chaussures sur les pavés accompagnaient sa démarche empressée, vive, qui comme à son habitude traduisait son étourdissement habituel lorsqu’il était question de peinture. Sortie tôt dans la matinée, elle était partie, sa valise en bois vernis sous le bras, pinceaux et tubes de peintures se cognant contre les parois face à l’excitation de cet exercice académique. Elle s’était isolée dans la campagne gelée, encore embrumée qui ne tarderait pas à être bercée d’une lumière léonine et pourtant pâle, traditionnelle pellicule apportée, déposée par l’hiver. Les temps étaient de nouveaux devenus rudes, les décisions s’imposant à nouveau à elle qui aurait préférée être mordue par le froid des nuits entières plutôt que d’avoir à nouveau à replonger dans l’incertitude.

Alors elle s’était isolée, afin de peindre, encore et encore ce même paysage, ce même lieu comme elle l’avait fait tant de fois auparavant. Les heures, la météo changeaient au fil du temps, transformant les couleurs et les impressions. Tirant soudainement la manche fourrée de son manteau afin de voir l’heure, elle secoua son poignet afin de détendre le bracelet en cuir, soufflant en voyant que les minutes avaient défilées depuis son arrivée dans les landes désolées. Rangeant son matériel en toute hâte, elle fit le chemin inverse avec célérité, cette fois-ci bien plus rude dans ses mouvements. Elle était en retard. Ouvrant la porte de son atelier, elle aperçut la silhouette dans l’entrée, isolée du froid, remettant rapidement l’une de ses mèches de cheveux en place.

« Bonjour, excusez-moi. Vous avez bien fais de rentrer, je m’en serais voulue de vous avoir fais attendre à l’extérieur. Je vous en prie, suivez-moi. »

Elle avait étirée le coin de ses lèvres, courtoisie et culpabilité formant sur son visage cet étonnant mélange. Montant les escaliers en bois, grinçant sous leurs pas, elle rentra dans son atelier. C’était une grande pièce aux murs dénudés, les toiles s’entassant sur le sol. Les murs étaient d’un bleu pâle, une verrière couvrant le plafond. La lumière du lieu y était froide et pourtant quelque chose de chaleureux semblait malgré tout envahir la pièce. Déposant sa valise, elle fit signe à son nouveau modèle de s’asseoir. « Prenez vos aises, nous allons en avoir pour un moment. » Étalant ses affaires sur une vieille table en bois, elle tira une toile déjà prête sur le chevalet tout en retirant maladroitement les couches encombrantes censées la protéger du froid, les jetant sur le canapé trônant, comme perdue au milieu de cette pièce aux plafonds hauts.

La préparation était un moment qu’elle affectionnait. Dessiner au fusain, écraser les pigments, l’odeur de l’huile de lin teintant toujours ses joues et voilant son regard. Elle s’intéressa pourtant davantage à son invité du jour, la précipitation ayant couper ses bavardages habituels. « C’est agréable de vous revoir suite à la dernière exposition. Pour être franche, je pensais que vous étiez venu faute de mieux, encore moins que nous nous rencontrions à nouveau afin de réaliser une peinture. »

Elle enfila sa blouse qui était loin d’être des plus académiques, habituellement aux cols ronds et boutonnées, celle-ci était davantage une sorte de soierie aux motifs colorés. Attachant ses cheveux, un crayon entre les dents, elle s’approcha de son modèle, tournant autour. « Permettez. » S’approchant, elle passa ses doigts sous son menton afin de relever quelque peu celui-ci, saisissant avec douceur sa main afin de la placer autrement, tournant légèrement son visage sur le côté. « Vous avez des traits intéressants, ça va être une séance pertinente pour nous deux. » Parlant à voix basse tout en l’observant de près avec attention, elle finit par se reculer, commençant à esquisser quelques brouillons afin de préparer la composition. « Qu’êtes-vous donc devenu durant ses courtes semaines depuis que nous avons été séparés? » Un sourire taquin aux lèvres, ses yeux faisaient d’incessant allers et retours entre lui et la feuille.

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These violent delights have violent ends and in their triump die, like fire and powder which, as they kiss, consume.


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maison de loki
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Hiboux : 311 Avatar : xavier dolan (en réflexion) Crédits : SWAN
coucou
Âge : vingt-six ans, prêt à entrer dans la vie active... ah non, pardon, prêt à fuir.
Nature du sang : pur (déshonoré, traqué, au ban de la société, mais pur)
Statut civil : célibataire sur le papier
Patronus : une souris, dont il a globalement plutôt honte.

MessageSujet: Re: EXPIATION (Artiom)   Mer 24 Fév - 0:23

Piotr sort de sa poche un miroir aux pierreries chatoyantes, volé à sa sœur. À la sœur d’Artiom. Il s’emmêle déjà. Piotr. Il remet en place ses cheveux, observe ses prunelles vertes, presque grises, passe la main sur son menton affirmé, bien plus carré que ce à quoi il est habitué. Son nez aquilin lui est connu en revanche, un de ses nombreux masques. Il n’est pas question de faire original aujourd’hui, tout va se jouer dans la durée. Il se colle au miroir, tente d’adoucir son regard habituel, de le rendre plus confiant, plus tranquille. On dit que les yeux sont le miroir de l’âme. Mais de quelle âme ces yeux-ci doivent-ils être le miroir ? Il range l’objet, et se répète les quelques lignes directrices. Piotr, 25 ans, élève en vacances, attiré par les arts, sang-pur formé à la musique et à la peinture, fervent admirateur du travail de Johanne. Voilà plus ou moins ce dont elle doit se souvenir. Un sourire moqueur s’étale sur son visage nouveau. Comédien à l’approche de son nouveau rôle. Tout est langage au théâtre. Les mots, les gestes, les objets. Il n’y a pas que la parole. Tout un rôle de composition. Ladies and gentlemen, we present you… Piotr. Il aurait pu trouver plus flamboyant. Peu importe. Artiom fait craquer les jointures de ses doigts, une vilaine habitude qui le trahirait sous toutes ses formes, si seulement quelqu’un avait un œil suffisamment exercé pour distinguer une telle futilité. Il arrange une dernière fois ses cheveux, inspire une grande bouffée d’air frais. Johanne est arrivée : « Je vous en prie, suivez-moi ». Docilement, il obtempère, curieux de ce qu’il va découvrir.

L’atelier d’un peintre, sanctuaire artistique s’il en est. Il pose un regard admiratif sur les toiles amassées. A-t-elle déjà peint ses amis ? Son frère ? Il frissonne. Artiom sait que les apparences qu’il crée ne viennent jamais de nulle part. Un peu de lui, un peu de visages familiers. Et Johanne connaît ô bon nombre de visages qui sont familiers à Artiom. « Prenez vos aises, nous allons en avoir pour un moment ». Le ton chaleureux de la peintre dissipe ses craintes, et son invitation l’amuse. Nous allons en avoir pour un moment. C’est selon. Il n’est pas là pour un portrait royal, certainement ne va-t-elle pas le garder bien longtemps. Elle s’affaire, tout en lui jetant plusieurs regards. Délicieuse situation. Elle l’admire, scientifiquement, objectivement, artistiquement, mais elle l’admire, nécessairement. Sinon pourquoi accepter de le choisir comme modèle ? Elle admire d’un œil créateur la propre création d’Artiom. Il n’avait pas pensé à cette subtilité, et cela le ravit.

« Permettez ». Comme pour confirmer la pensée qui le taraude, elle s’approche pour relever son menton. « Vous avez des traits intéressants, ça va être une séance pertinente pour nous deux. » Piotr sourit, charmé. Un compliment sur ses traits, pouvait-elle tomber plus juste ? Il n’a pas décoché un mot jusque-là, se contentant d’appréhender l’atmosphère, de la regarder préparer la scène, mettre en place l’intrigue. Il souriait, entrant progressivement dans son personnage. Mais elle a frappé les trois coups, et le rideau s’est ouvert. Oh, combien la séance va être pertinente. « Je n’en doute pas. Je suis sincèrement ravi de cette occasion. J’ai hâte de vous voir travailler. Et si cela veut dire passer sous votre fusain, et bien soit. » Sa voix est douce, plus aigue peut-être, il n’a pas mille cordes à son arc, et les accents ne sont pas son fort. Ses cordes vocales sont certes sensiblement différentes, mais il se permet une inflexion de plus, lui conférant une voix singulière. Elle s’apprête à étaler sur le papier un personnage qu’il brosse lui-même à chaque seconde qui passe. Le paradigme lui plaît. L’excitation du jeu le pousse à trépigner et alors qu’elle s’éloigne, il marche soudain vers un coin de la salle, observe une toile renversée, hausse un sourcil. Il se retourne, mais n’a pas le temps de poursuivre qu’elle lui coupe l’herbe sous le pied. La question piège. « Qu’êtes-vous donc devenu durant ses courtes semaines depuis que nous avons été séparés ? »

Il existe mille façons de détourner l’attention. L’évasion. La fuite. L’absurdité. La magie, nécessairement. L’apparition d’un objet d’attention plus important. Mais le regard curieux de Johanne lui laisse deviner qu’elle n’oubliera pas aussi facilement. Et si lui-même veut obtenir des réponses, le pré requis n’est-il pas de dévoiler certaines choses ? Après tout, il a expressément construit Piotr pour cela, pour ne pas avoir à trahir quoi que ce soit de réel. Cela fait des années qu’il n’a pas vu Johanne. Des années durant lesquels Artiom s’est radicalisé, des années durant lesquels son secret est devenu toujours plus difficile à garder, son implication fervente dans la Résistance. Et elle, qui le connaît sans le connaître… Il ne peut pas prendre de risques trop sérieux.

« Oh, la vie d’un étudiant est si morne… J’ai eu l’occasion de rejouer du piano. C’est un plaisir simple, mais à Durmstrang, je n’en ai guère le temps. Les vacances m’offrent cette liberté. ». Les vacances. La semaine passée enfermé dans les murs de Durmstrang car il n’a pas de foyer à retrouver, les sorties qui sont rares et qui ne peuvent s’éterniser. Ô la liberté des vacances. La vie qu’il invente, est-ce pour Johanne ou bien pour lui ? « Je connais si peu d’artistes issus de Durmstrang. Saviez-vous toujours que c’était ce à quoi vous vous destiniez ? » La question est intime, mais les artistes ne sont-ils pas habitués à cette étrange proximité avec les curieux ? L’exposition l’avait intriguée, les artistes semblaient se dévoiler de la façon la plus pure qui soit. Il avait entendu un sculpteur expliquer à un inconnu combien la mort de sa sœur avait affecté sa création. Les artistes sauraient-ils faire ce dont il n’est capable que derrière un masque ? Vous savez, ce phénomène étrange de partage, cette preuve d’humanité, oui, c’est cela, l’expression des émotions.

Il se rend compte qu’il est toujours à quadriller l’atelier, alors qu’elle a cessé de préparer quoi que ce soit. Il s’arrête net. « Oh, pardon. Je… souhaitez-vous que je reste… ici ? S’il y a des règles à suivre, édictez-les, je promets d’être meilleur élève que pianiste. » Il rit, chaleureux, honnête. Presque si honnête.

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MessageSujet: Re: EXPIATION (Artiom)   Mer 24 Fév - 1:20

Au fil des phrases, des mots se cousant tandis que d’autres s’effilochaient, les paroles de l’étudiant devinrent la toile de fond de ses pensées. Cela lui rappelait des souvenirs, nombreux, fameux et heureux. Souriant de temps à autre face à ce qu’il lui restait, une poignée de moments fantasmé par la mémoire, cette hypocrite nous consolant pourtant si bien, elle tenta de gommer ses mimiques dignes d’une sénile parlant seule. « Je connais si peu d’artistes issus de Durmstrang. Saviez-vous toujours que c’était ce à quoi vous vous destiniez ? » C’est un coup dans le thorax, qui bloque la trachée, un dur rappel à la réalité. Faisant mine que la concentration l’avait complètement enveloppée, elle ne dit rien de probant, continuant de frotter le fusain afin que le bruit sec du charbon sur le papier granuleux recouvre le silence. « Mh. » Fût sa seule réponse, les sourcils haussés et son air habituel sévère brodé d’or sur son minois renfrogné.

Innocente dans son comportement, ne prenant pas en compte les remous de l’empathie venant à nouveau agripper les sentiments des autres afin d’étouffer les siens, elle continua d’esquisser les positions bien qu’il soit en train de se mouvoir, trouvant au contraire l’exercice prenant. Un sourire aux lèvres, elle laissa un éclat de rire grave semblable à sa voix s’échapper, son regard toujours rivé sur ses croquis. Elle avait toujours appréciée les étudiants de Durmstrang. Tout d’abord car elle était elle-même une ancienne, mais aussi car l’académie demandait une rigidité, une emprise sur soi-même si rigoureuse que parfois, le naturel et la maladresse dans leurs charmes communs, venaient parfois reprendre le dessus, venant surprendre les concernés tel un fou sortant de sa boîte.

« Oh, pardon. Je… souhaitez-vous que je reste… ici ? S’il y a des règles à suivre, édictez-les, je promets d’être meilleur élève que pianiste.»

Relevant quelques instants le museau hors de ses silhouettes dansantes sur le papier, elle étira son bras devant elle, courbant son poignet telle une révérence allant d’un bout à l’autre de la pièce dans un mouvement ample propre à ceux des danseuses qu’elle avait toujours admiré. « À votre aise. Vous n’êtes plus entre les murs de l’institut, ni en société. Vous êtes dans mon atelier, un monde à part croyez-moi. Si les murs pouvaient parler, vous seriez étonné de toute la liberté qu’on peut arracher de nos propres mains avec un peu de volonté. Alors… si vous désirez marcher, et bien marchez. Si vous voulez jouer, instaurez les règles. » Les pupilles brillantes, elle se trouve droite sur son tabouret sans dossier, retrouvant ses habitudes d’oratrice culottée, enjouée, sa gestuelle, ses manières accompagnés par un unique sourcil haussé, sa fausse préciosité en jeu.

Déposant la feuille déjà pleine sur la table voisine, elle en saisit une nouvelle, amusée par tout cela. Réopérant sa mécanique du regard, allers retours entre le sujet et la feuille, elle jette de rapides coups d’œils de l’un à l’autre. « Je ne voulais pas peindre à la base. » Balançant soudainement sa réponse, venue de nulle part, elle continua, s’humectant les lèvres. « Avant l’école d’art je n’avais jamais touché une feuille et un crayon à des fins artistiques. J’étais destinée à me hisser dans la défense impériale. J’étais une duelliste. Et un jour, j’ai rangé ma baguette, j’ai décidé que je ne rentrerais pas dans la valse, que je ne la tiendrais plus dans ma main. J’ai abandonné la magie car elle m’a déçue. »

Se levant, elle déposa les croquis, les étala sur la table, les regardant brièvement. S’approchant de Piotr, elle redressa à nouveau son menton, passant le dos de sa main sur son bas ventre. « Tu es un futur grand homme, adopte l’attitude allant avec. » Revenant à sa place, elle continua de déblatérer, le regard un peu perdue mais l’attitude toujours digne. « Ne rapporte pas ce genre d’idées au sein de l’institut, tu aurais des ennuis. On ne peut pas prétendre être libres et attachés à nos responsabilités à la fois. Nous ne sommes pas éduqués afin de papillonner, nous nous devons de représenter, d’être dans la représentation, quoiqu’il arrive. J’ai choisi de représenter la vérité, qu’importe si celle-ci enlaidie l’image. »

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MessageSujet: Re: EXPIATION (Artiom)   Mer 24 Fév - 2:13


Femme de peu de mots. Elle ne rend le défi que plus palpitant ; les conversations mondaines, faciles, sans aspérités, n'ont jamais recelé de grand intérêt. Johanne au contraire incline la discussion dans son sens, elle en édicte les règles, tout en précisant qu'il n'y en a aucune. Sa langue est libre, subtile, délicate, ses réponses ouvrent tout un monde de possibles. « Si vous voulez jouer, instaurez les règles. » Piotr s'incline dans une révérence, comme pour la remercier de cette liberté, puis se relève vivement, fais trois arabesques vers le centre de la pièce, et retrouve son calme. Oui, un air de liberté règne dans cet atelier. Jusqu'à quel point ? Il voudrait en tester les limites, écouter les murs parler, écouter Johanne penser. Mais il doit se contenter des paroles qu'elle laisse glisser.

Il la regarde crayonner, les traits s'enchaînent sous son fusain, il discerne à peine le résultat final. Est-ce bien de lui qu'elle s'inspire ? Ou de l'atmosphère justement ? Est-ce ses traits qui aident à l'inspiration, ou son attitude, son esprit, sa façon d'être au monde ? Il la regarde crayonner, convaincu désormais qu'elle est bien loin de recopier fidèlement ce qu'elle a sous les yeux. Il est un déclencheur d'imagination. L'idée lui plaît. « Je ne voulais pas peindre à la base. » Artiom se rappelle soudain la raison de cette rencontre. Il hausse un sourcil, fait trois pas en arrière, ne bouge plus, écoute religieusement. Il faut qu'elle poursuive. Alors elle raconte. L'École d'art. J'ai abandonné la magie car elle m'a déçue. Il note cela dans un coin de sa tête. Son frère sera si heureux de la savoir épanouie. Il n'est pas certain de lui rapporter cette étrange sentence. Les mots ont été amers, conclusifs. Sa curiosité est attisée, mais ce n'est plus son rôle que d'insister.

Elle s'approche de lui, lui impose une attitude. « Tu es un futur grand homme, adopte l’attitude allant avec. » Piotr se redresse par réflexe, surpris de la main sur son corps, mais très vite il s'en dégage, une moue courroucée sur le visage. La tranquille liberté s'est déjà évanouie. Un grand homme. Cela est bon pour Artiom, pour un fils de noble, pour celui qui a un rôle à jouer. Certainement pas pour celui qui ne vit que dans l'instant, qui n'a été construit que pour un éphémère plaisir créatif. Enfermé soudain dans un rôle qu'il rejette soigneusement, il tord son torse en diverses positions. Au diable la raideur, au diable les étiquettes. Encore une fois, elle interrompt le flot de se spensées. « Ne rapporte pas ce genre d’idées au sein de l’institut, tu aurais des ennuis. On ne peut pas prétendre être libres et attachés à nos responsabilités à la fois. » Oh, les idées qu'il rapporte au sein de Durmstrang. En est-il seulement une qui soit en accord avec les valeurs du sanguinaire Insitut ? « Nous ne sommes pas éduqués afin de papillonner, nous nous devons de représenter, d’être dans la représentation, quoiqu’il arrive. J’ai choisi de représenter la vérité, qu’importe si celle-ci enlaidie l’image. » D'un geste de la pensée, de quelques mots savamment alignés, Johanne une fois de plus répond à sa question muette. Il sourit, il voit ce qu'il y a d'unique en elle, cette franchise douce. Il voudrait écrire immédiatement à son frère. Lui dire que Johanne est là, qu'elle va bien, qu'elle est incroyable. Mais cette rapide pensée se dissipe aussi tôt qu'elle s'est formée. Car ce que Johanne livre à Piotr, presque comme si elle parlait dans le vide, tombe dans une oreille attentive. Lui qui se targue d'être à rebours de toutes les valeurs conformistes, lui qui se pense et se présente à ses proches résolument progressiste, et pourquoi pas anti-conformiste, lui, pourtant, n'est que représentation. Il papillonne, mais c'est pour mieux représenter, car c'est sur ces représentations multiples que toute sa vie repose. La vérité est un idéal si lointain, si impensable, il n'a jamais pensé les choses ainsi. Il se délecte des mots qu'elle a prononcés, il en aime la subtilité, la valeur, les sens qu'ils charrient. Ô, il a toujours été si friand d'éloquence.

« Représenter la vérité... mais ce n'est qu'un jeu de l'esprit, non ? Une illusion. Pour la représenter, il faut immédiatement la transformer en fiction. La représentation impose ses propres règles, qu'elle se nourisse de vérités ou de distorsions de celle-ci. » Il prend le contre-pied. Il sent qu'elle touche à quelque chose de très juste, et c'est précisément pour cela qu'il a besoin de tordre le cou à sa pensée, de l'acculer dans ses limites, pour voir dans quelle mesure elle est tangible. « Ce serait bien trop simple, si être dans la représentation se faisait sans vérité, et que la vérité se présentait d'elle-même, sans biais, sans intermédiaires. Ce serait bien triste, aussi. Votre représentation de la vérité n'est pas la même que la mienne, à supposer même que la vérité soit commune. Et c'est précisément ce qui fait la beauté de vos peintures n'est-ce pas ? Ce sont vos fictions, de votre vérité. » Il ne veut pas la froisser, il ne veut pas paraître pédant, il ne veut pas non plus... Tiens, qui a parlé de représentation ? Intrigué par le tour que prend la conversation, il se rabat sur une pirouette, lui laissant une échappée avant qu'elle n'ait répondu quoi que ce soit. « Et dois-je vous rappeler où je vous ai rencontrée ? Oh, les expositions ne sont-elles pas le vivier des gens en représentation ? Ou vous y connaissez un tel succès que vous en avez oublié la singularité ? » Il rit, et son rire n'a rien de méchant. Une pique, pour la faire réagir plus instinctivement. Il ramasse la conversation vers elle, il veut qu'elle s'expose, il veut continuer à écouter encore les paroles s'écouler. Il l'admire.   

Tout en parlant, se laissant aller à cette pensée qui se construit à deux, il a attrapé une chaise dans un coin, et s'y est installé, de profil, mais la regardant. Il n'en bouge pas, lui laissant le temps de saisir certaines expressions. Il se demande si ses gestes peuvent influencer ce qu'elle dessine, ou si la liberté est absolue ? Il tente d'influencer son mouvement, curieux de voir le résultat final. Lentement, inéluctablement, le temps passe.
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MessageSujet: Re: EXPIATION (Artiom)   Jeu 25 Fév - 12:02

L’écoutant d’une oreille attentive, elle releva son visage en sa direction, plaçant ses mains liés sous son menton, le dos quelque peu courbé. Durant un instant, elle capta l’expression de son visage jeune, courroucé ainsi que passionné, quelques traits sur le papier afin de garder cet instant éternellement, de le peindre afin que cette énergie de jeunesse passe à la postérité. Face à son rire, elle rit à son tour, malheureusement non pas pour des raisons communes. Mais puisque leurs rires à l’unisson provoqua une certaine harmonie en résonnant dans cette salle à la lumière pâle, elle continua, ne se privant pas. Un visage aux traits infantile se tordant sous la naissance d’une pensée nouvelle était un moment rare à capter, lui rappelant certains jeunes hommes qu’elle avait connu intimement, déblatérant, extrapolant des pamphlets, des théories propres à chacun avec cette même vergogne, véhémence naïve.

« Je ne pensais pas que cet atelier allait accueillir en son sein aujourd’hui un jeune esprit révolté. » Il y a longtemps, elle était tombée amoureuse de ce genre d’esprits vifs, du souffle commun de la foule face aux discours de ce que l’on pensait être à l’époque, les nouveaux visages d’une révolution, les futurs héros ou bien martyrs d’un changement avorté. « Tu as raison. En théorie évidemment. » Ses sourcils se haussent, sans animosité ni agacement, au contraire, elle se veut douce et non tyran car Johanne avait toujours possédé le désir de pousser les esprits vifs à s’exprimer, qu’importe leur genre, leur classe sociale. « Va dehors, ose dire au peuple que leur vérité est leur propre illusion. Ils te répondront plus violemment que n’importe quelle tête pensante ou élitiste qui t’auras éduqué. On ne peut pas cracher sur les principes des uns et des autres sous prétexte que l’on juge tout cela vain. Sans concessions, on m’aurait enfermés. Il faut parfois apprendre à jouer le jeu, à s’oublier. »

Saisissant les nombreux croquis effectués, étalés sur la table, elle les regarda avant de les saisir, s’approchant sur le parquet grinçant jusqu’à lui. Elle jeta les croquis à même le sol, les étalant du bout de sa bottine afin qu’il ait une vue d’ensemble. La jeune femme en tira un particulier du lot, le mettant au devant de tous, pointant du doigt le visage dessiné, elle releva son regard en sa direction. « Tout est représentation. Je le suis tout autant, toi aussi. Tu joues un rôle. » Baissant d’un ton, elle hocha la tête avant d’esquisser un sourire, reprenant le croquis unique avec elle, laissant les autres trôner à ses pieds.

« J’ai ce qu’il me faut pour commencer la composition. Je te propose une pause, le temps de se remettre de ce grand débat. » Frottant ses mains noircies par le fusain, elle les entremêla, soufflant en leur cœur afin de se réchauffer. Venant s’accroupir face à la cheminée éteinte et poussiéreuse, elle tira quelques bûches, les entassant à mains nues. Elle froissa quelques journaux, des feuilles de choux ridicules relatant des faits faussés, les enflammant à l’aide d’une allumette. En diplômée qu’elle était, allumer un feu aurait dû être une tâche rapide, facile, prononcé du bout de sa baguette. Mais puisqu’elle l’avait abandonnée, elle se retrouver les mains dans la suie, à refuser toucher l’écrin en velours entouré de bois de ronces vernis, la laissant dormir malgré des appels fébriles, des soupirs lointains.

« Je n’avais pas sentit le froid régnant ici. » Sortant de sa blouse ample une boîte en fer, elle en tira une cigarette, l’allumant alors qu’elle était toujours accroupie face au feu prenant, commençant à avaler l’écorce desséchée du sapin. Elle se releva, frottant et essuyant ses mains dans un chiffon aux tâches de peintures multiples. « À part refaire le monde, qu’as-tu prévu une fois tes études à Durmstrang terminées? Si tu es capable d’un tel don d’orateur, il y a forcément une voie vers laquelle tu désirerais te pencher, non? »

Johanne avait eu tout au long de cet entretien différents rôles. Elle était arrivée en tant qu’artiste, puis s’était naturellement imposée en tutrice, avant de calmer un esprit échauffé et passionné de manière maternelle malgré ce fond taquin qui ne la quittait jamais.


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MessageSujet: Re: EXPIATION (Artiom)   Jeu 25 Fév - 17:05

« Ose dire au peuple que leur vérité est leur propre illusion. Ils te répondront plus violemment que n’importe quelle tête pensant ou élitiste qui t’aura éduqué  ». La réponse lui brûle les lèvres, mais Johanne vient involontairement de le rappeler à l’ordre. Son atelier n’est certainement pas le lieu pour cela. Il se tait, s’abandonne aux idées qui traversent son esprit. Confronter le peuple à sa vérité, c’est effectivement un risque à prendre, un défi à saisir. Il n’est pas aussi pessimiste qu’elle sur l’issue de la confrontation. Il voudrait lui donner rendez-vous dans quelques années. Le peuple aura peut-être riposté, mais le monde aura changé.

« Tu joues un rôle ». Il hausse un sourcil, elle a de nouveau toute son attention. Artiom se contente pourtant d’esquisser un demi-sourire moqueur, s’efforçant de ne pas relever l’accusation implicite qu’il a cru entendre. Il calme son cœur. « Je te propose une pause, le temps de se remettre de ce grand débat ». Sa proposition n’en est pas une. Elle s’est éloignée du croquis qu’elle semble avoir sélectionné, et s’approche du foyer, qu’elle entreprend d’allumer. « Je n’avais pas senti le froid régnant ici ». Il la regarde faire, étonné, intrigué. Sans dire un mot. Il craint de s’être déjà trop dévoilé.

Le temps passe et avale avec lui l’assurance d’Artiom. Un bref coup d’œil à sa montre lui indique qu’il est ici depuis près de 45 minutes. Est-ce possible ? « Si tu es capable d’un tel don d’orateur, il y a forcément une voie vers laquelle tu désirerais te pencher, non ? ».

Enfant, Artiom avait la tête si pleine de rêves.
Médicomage, pour aider les enfants comme lui, aux cheveux roses de joie.
Soldat, pour combattre avec son oncle l'ennemi dont celui-ci parlait si souvent.
Avocat, comme dans cette histoire que lui racontait son père, celle où le sorcier décide d’apprendre le droit moldu pour sauver la fille d'une amie.

Artiom, viens, il faut qu’on te parle. Le jour où sa vie avait volé en éclat, où il avait compris qu’il ne serait ni soldat ni avocat. Ni rien. Le jour où toutes les portes officielles se sont refermées sur lui avant même qu’il n’y ait passé le pied. Parce qu’il était le digne descendant d’une famille de clairvoyants. Parce que les progressistes sont destinés à être traqués, lorsque le monde marche sur la tête et souhaite reculer plutôt qu’avancer. Pour son nom, alors qu’il n’avait encore prouvé à personne sa valeur ou son engagement. Censuré avant même d’avoir pu parler. Les ailes coupées avant de les avoir déployées. Il y a qu’une voie vers laquelle il se penchera, dans laquelle il se jettera à corps perdu. Dès que les quelques mois qu’il lui reste à dérouler au sein de sa prison dorée seront écoulés, il rejoindra l’ombre et le futur. C’est cette ombre qu’il aidera à faire briller, c’est ce feu terrible auquel il se joindra.

Il hausse les épaules. Piotr est un jeune homme désœuvré, un artiste incompris. Ou quelque chose comme cela. Piotr en tous cas est bien moins loquace qu'auparavant. I ne peut plus se permettre d'erreurs, et ne sait plus bien qui est. Certainement pas le révolutionnaire qui gronde. Un nouveau coup d’œil à sa montre. L’inquiétude l’étreint. Il frissonne. La cheminée est d’une maigre efficacité. Moqueur, agacé peut-être, cherchant à détourner l’attention, il s’empare de sa baguette et la brandit vers la source de chaleur. La lumière bleutée vient gonfler les flammes tremblotantes, et très vite la cheminée est embrasée d’un feu digne de ce nom. La provocation est frontale et Piotr, fidèle, à lui-même fuit. « Pardon, je peux emprunter vos toilettes ? » Il court presque vers la porte qu’il a remarquée en arrivant et qu’il repousse derrière lui.

Pas d’issue de secours. Pas de magie qui puisse le sortir de cette situation, Artiom sent les forces lui manquer. Son dernier tour sur la cheminée n’était pas sa manœuvre la plus maligne. Son apparence le consume, il n’a presque plus d’énergie en lui. Il quitte les toilettes chancelant, titube jusqu’à Johanne.

« Je ne sais pas ce qu’il m’arrive, j’ai comme des vertiges. Je suis vraiment désolée, mais je vais devoir rentrer, j’espère que vous me pardonnerez… Nous aurons peut-être une autre occasion ».

Il s’emmêle les pinceaux. Au creux de son cœur, l’angoisse profonde le saisit et ne le quitte plus. C'est la seconde fois qu'il se laisse prendre par le temps. À quel jeu joue-t-il ? Pourquoi s'égare-t-il ainsi ? Ses plaisanteries l'effraient, ses jeux se transforment en cauchemars. Il voudrait fuir, mais quelque chose le retient. Tout docteur remarquerait immédiatement l’erreur de diagnostic : Piotr n’est pas malade, il est terrifié. Mais Johanne est une artiste, elle ne peut distinguer cela, n'est-ce pas ? Il voudrait prendre la poudre d’escampette, braque son regard perdu dans le sien, attend son sourire et son geste de la main, sa bénédiction. Un fil invisible le retient encore ici. Il ne veut pas la décevoir. Qu’elle le laisse s’enfuir, faîtes qu’elle le laisse s’enfuir.

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MessageSujet: Re: EXPIATION (Artiom)   Jeu 25 Fév - 20:00

Il y a ces ailes brunes qui planent dans la pièce, revanchardes et angoissées, éteignant soudainement toute courtoisie, la seule chaleur présente étant celle du feu brûlant, crépitant sous l’effet d’une magie dorénavant proscrite. Elle se tient droite, l’ourlet de ses yeux fermant à moitié son regard dans une impression de grand froid. Comme si soudain, un coup de vent avait brusqué le fin vitrage, s’engouffrant avec précipitation afin d’éteindre toute vie, toute lueur. C’était l’âme profonde de la jeune femme, un courant d’air mordant et hurlant qui ne transparaissait que dans la lueur de ses yeux. Elle le regarda se lever, se précipiter, un sourire courtois s’affichant sur son visage. « Je t’en pris. » Ce sourire découvre ses dents, comme si tel un animal civilisé, elle lui avait montré les crocs. Et tandis que sa silhouette pâle s’effaça derrière le pans de la porte, elle ferma les yeux, la panique du garçon ayant atteinte la sensibilité de l’empathe. Les eaux profondes furent remuées, les dépôts venant la rendre trouble, l’intensité la secouer, les vagues sentimentales venant s’effondrer contre les ossatures de son thorax, de ses côtes frêles. L’expression être remué de l’intérieur n’avait jamais été aussi juste que face au ressenti de l’empathe qu’elle était.

Malgré la distance, elle sentait le tremblement fébrile de sa baguette dans sa prison de velours, elle entendait son impatience, l’insolence de son caractère venir tambourinait aux portes de sa bonne conscience afin de se rappeler au bon souvenir de sa propriétaire telle une maîtresse éplorée, exilée. Mais Johanne était un amant égoïste, elle s’était jurée qu’elle abandonnerait les courbes rigides de celle qui avait fait sa réputation, qu’elle la répudiait à jamais, ingrate qu’elle était. Ne pas répondre à la provocation par la magie était une chose, mais ne pas y répondre tout court aurait été un affront que même la jeune femme après ses différents scandales, n’aurait pas supporté. Qu’importe qui ce gamin était, il ne ressortirait pas d’ici sans avoir conscience de certaines choses. Serrant le poing, les yeux fermés, comme torturée, elle poussa un soupir bruyant, emplit de sanglots étouffés, rejetant le cri fébrile d’une vieille connaissance, l’enfermant à nouveau, lui cloisonnant l’entrée de ses pensées, de son esprit. C’est la silhouette chancelante de Piotr qui la tira soudainement hors de sa torpeur, se retournant vivement en sa direction.

« Je ne sais pas ce qu’il m’arrive, j’ai comme des vertiges. Je suis vraiment désolée, mais je vais devoir rentrer, j’espère que vous me pardonnerez… Nous aurons peut-être une autre occasion. »

S’humectant dans les lèvres dans un soudain mouvement d’incompréhension, ses sourcils se froncèrent peu à peu, son regard venant observer le jeune homme avec attention. Non pas avec le regard du peintre, mais avec celui du sorcier. Elle sent la panique, grattant la porte de sortie du bout de ses petites griffes, aplatie au sol telle une créature effrayée. Elle la sent si bien qu’elle s’imagine chaque émotions physiquement, qu’elle sait qu’elle peut leur prêter des descriptions précises à chacune. Quelles parties du corps touchent-t-elles, quelles sont ses ressenties. Johanne tendis sa main, agrippant soudainement le poignet de Piotr.

« Assieds-toi, ne reste pas debout dans ton état! » Le faisant s’asseoir sur une chaise près de la fenêtre, elle entrouvrit celle-ci afin qu’il ait un peu d’air frais, venant s’accroupir à ses côtés. L’une de ses mains enlaçait la sienne, tandis que le dos de l’autre effleurait son front, son regard béant posé sur lui, les lèvres entrouvertes. « Mon pauvre. » Elle secoua négativement la tête, comme affectée par ce soudain revirement de situation. Renforçant son emprise sur sa main, la serrant fortement dans la sienne, elle gardait cependant un visage maternel, continuant de le fixer avec insistance. « Mon pauvre, pauvre petit. Comment comptes-tu faire pour me mentir davantage maintenant que tu aies à court de quelconques arguments, solutions? » Sa voix était douceâtre, calme, alors que sa main bouillonnait dans la sienne, menaçante, le retenant. Jusqu’à maintenant, tout s’était parfaitement passé. Des attitudes correctes, un poil insolentes de la part de chacun. Et soudain se fût la panique, la débandade. Une perte de confiance, d’énergie, sur un garçon si robuste.

Johanne avait pendant bien trop longtemps connu un sorcier utilisant ce genre de méthodes et l’avait vu lui-même tester ses limites. Elle pouvait se tromper, elle le savait et les conséquences seraient problématiques. Cependant la vision de problèmes n’étant pas insurmontables face à une certitude instinctive, ne faisait passe poids, dû moins pas à ses yeux. Finissant par lâcher sa main, elle prit dans l’autre, le creux de celle-ci la pâle imitation d’un visage juvénile, compressant ses mâchoires. « Je refuse d’utiliser la magie mais sache que je peux quand même te blesser. Je ne le ferais pas, sois en sûr. Je préfère t’effrayer et sentir ton cœur accélérer jusqu’à sa limite qu’user de quelconques punitions afin de te faire parler. Abandonne ton enveloppe, dévoile-toi, tu ne tiendras pas davantage. Si tu refuses pour moi, fais-le au moins pour toi-même, avant que tout cela ne devienne davantage sordide. »


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These violent delights have violent ends and in their triump die, like fire and powder which, as they kiss, consume.


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